Journal de recherche
Quand on se lève un samedi matin et l’on ne sait pas quoi faire, le journal devient un refuge utile. Les idées, les pensées et les sentiments mêlés. Le texte à écrire n’est pas réfléchi. Il est spontané, il ressemble aux textes du Journal de bistrot. C’est normal car ma tête garde des traces de la rencontre d’hier soir.
Ce matin, je n’ai aucune envie de commenter la soirée de vendredi. Elle relève désormais du passé. Mais n’empêche que certaines idées méritent des suites.
Le voyage à Marseille chez M, idée que j’ai proposé et que tous ont approuvé, y compris M qui a même insisté sur l’urgence du voyage, car elle a une grande maison qui donne sur la plage et qu’elle est en train de vendre (si j’ai bien compris). Elle propose de nous y accueillir avant que ce ne soit trop tard.
A se plaint d’être exclue de la revue et reproche à Remi son égoïsme et son « mandarinat ». Je lui ai proposé de foncer et d’essayer de s’imposer en travaillant avec le groupe sur certains chantiers (l’association, la revue, le séminaire).
Je vais chercher Y à l’école. Il pleut à flots. De loin, je vois A, élue comme moi représentante des parents d’élèves (FCPE). Elle me demande si j’ai été à la réunion des parents de l’école maternelle. Je ne suis pas au courant de cette réunion. Je lui demande ce qu’elle pense du compte-rendu du Conseil d’école. J’ai l’impression qu’elle ne pense pas. Du coup, je lui livre mes impressions : Je trouve que c’est un CR nul. Il n’y a aucune indication sur les parents, comme si leur présence était fictive : des fantômes dont on ne lit que les noms.
Lors de ce CE, je suis intervenu à plusieurs reprises ; Ali également, ainsi que d’autres parents. Dans le CR, il n’y a que ce qu’a dit madame la directrice. Encore une fois, je me sens seul dans une aventure banale. Ma singularité me gêne parfois et il m’arrive souvent de me dire : qu’est-ce que je fais avec ces gens là ? Il faudrait que j’envisage d’aller ailleurs m’isoler pour produire.
Y est content, il me montre les résultats de son contrôle. Ses notes, des 18, 20, … Après m’avoir montré cela, il va jouer à l’ordinateur. Quant à moi, je décide de reprendre mon journal en attendant B et S qui sont allées faire des courses.
Il est midi, j’écoute les infos sur Radio Orient.
Après avoir bu deux bières et délirer un peu en pensant à plusieurs thèmes, questions à la fois, tout en regrettant de ne pas vivre la période des Surréalistes. Tout ce que je dis, tous mes propos sont soumis à une interprétation du premier degré. C’est nul, cette vie plate, carrée, sans saveurs, ni odeurs. Lorsqu’on a la chance de sentir, on ne sent que des mauvaises odeurs.
C’est le cas en ce moment, S résiste, à plus de trois ans, elle ne va toujours pas aux toilettes. Difficile à comprendre. Elle vit ce passage (des couches aux toilettes) comme un drame !
Je me remets au journal, moyen pour moi de m’échapper à ce quotidien, à ces instants, très longs à mon sens, ces secondes, ces minutes, ces heures de « survivance » un peu moins que les conditions de vie des animaux, car ces derniers n’ont pas la raison et l’institution sur le dos.
Quant à moi, espèce consciente d’être en voie de disparition, et elle ne fait que ce qui rappelle cette disparition finale. Le poids de la religion, de la famille, de l’Etat… pèsent et favorisent cet enfer où il n’y a pas de place pour le désir, le plaisir, le rire, la plaisanterie, l’humour. En somme c’est une vie de train-train galère.
Faut-il refaire l’expérience de Nietzsche. Sombrer dans la folie pour un temps pour échapper à cette vie d’enfer.
J’arrive à écrire quelques mots en attendant mon départ à Paris pour la réunion mensuelle des nostalgiques de la politique et du Maroc.
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