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Journal de diaristes

Journal de recherche

7 Mai 2013 , Rédigé par Benyounès Bellagnech

Mardi, 26 novembre,

Je décide de ne pas aller à la fac. On annonce des grèves dans les transports. D’habitude, je passe environ quatre heures dans les déplacements à Paris. Avec cette grève, le temps du transport risque de doubler, sans oublier l’afflux des voyageurs qui se trouvent entassés, tels des sardines. La mauvaise humeur que provoque ce genre de situation ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu d’une ambiance mélancolique qui caractérise les habitants de ce pays.

Hier, je voulais écrire mon journal, j’avais des idées, mais après une longue traduction, la fatigue m’en a empêché. Je me déplace à la poste, au tabac et à la boulangerie. Ensuite, je vais chercher Yann-Elias à l’école. Mon fils est de mauvaise humeur. Sa maîtresse -remplaçante a sanctionné toute la classe en la privant de l’ABCD parce que ses camarades n’étaient pas sages, me dit Yann-Elias. J’essaie de le convaincre qu’il a assez de livres à la maison et qu’il n’a pas besoin de la bibliothèque de l’école. Je ne sais si j’ai réussi ou non à convaincre Yann-Elias et à l’aider à changer d’attitude.

Je mange et je fais la sieste, après avoir lu quelques passages de Critique de la raison dialectique de Jean-Paul Sartre.

Dans l’après-midi, j’essaie de réaménager la chambre à coucher, afin d’y installer un petit coin pour travailler. Je vais chercher Yann-Elias et le journal Le Monde qui n’était pas encore en kiosque. Je décide de préparer la « harira », la soupe marocaine. Cela me prend en tout trois heures.

Georges Lapassade m’appelle à deux reprises pour me parler de son article et de la revue des IrrAIductibles. Il veut rectifier son texte saisi par Bernadette la semaine dernière. Il souhaite me rencontrer aujourd’hui dans le séminaire du matin de Remi Hess ou mercredi à Paris à l’occasion d’une soutenance d’une thèse sur Michel Lobrot. Il exprime son inquiétude quant à la sortie du numéro 2 de la revue, car, dit-il, Remi attend que Véronique soit en vacances de Noël pour la mise en page du numéro qui ne sortira finalement qu’en janvier 2003.

Le reste de la soirée est somme toute banale. Je n’arrive pas à lire le journal Le Monde, même pas un article, même pas une dépêche. Je regarde difficilement les infos à la télé. Ensuite, je regarde un film italien sur la folie de la vie et enfin Complément d’enquête sur le logement à Paris.

Toute la journée d’hier, je pense à la question de l’éducabilité, en lien avec ce que j’ai écrit dans ce journal sur le blocage. Je crois fermement à l’éducabilité, c’est une sorte d’entrée permanente dans la vie, encore faut-il avoir la volonté de vouloir entrer dans la vie.

En ce qui me concerne, j’ai toujours cherché à entrer dans le contact avec les autres. Enfant, j’ai toujours été dans des classes de 40 à 50 personnes et ce dès l’école coranique. J’ai passé beaucoup plus de temps dans la rue qu’à la maison. Le foyer familial était pour moi, par moments, une sorte d’enfer. Même quand mon père est devenu commerçant et nous faisait travailler comme des bêtes en nous exploitant jusqu’à la moelle, je fréquentais beaucoup de gens et de différentes sortes.

Aller vers les autres, passer du temps en leur compagnie tantôt en étant bien avec certains et tantôt en confrontation avec les autres. C’est là un phénomène d’éducabilité. Pour moi, cette notion signifie un processus contradictoire.

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