Journal de 2013
Lundi 4 février
Le temps des fêtes est souvent accompagné d’euphorie. En effet, le premier mois de l’année est synonyme de résolutions diverses et d’envie de tout faire pour remplir le carnet des projets et du temps qui vient. Combien de temps cela dure-t-il ? Quelques jours et pas plus. Dans mon cas, ce journal en témoigne. Début janvier, je suis sérieux et j’ai envie de tenir ce journal au jour le jour. Je tiens le coup jusqu’au 11 janvier et après plus rien. La routine reprend ses droits. Il ne s’agit pas d’une vie remplie ou de manque du temps, mais tout simplement de gestes et d’activités normales de la vie quotidienne, un rendez-vous, un petit déplacement, un contact ou un match de foot.
Lorsque l’on écrit un journal pour soi, on peut se permettre de ne pas le tenir au jour le jour car on n’a de compte à rendre à personne. Par contre, lorsque l’on écrit un journal que l’on doit poster sur le blog, attendu par d’éventuels lecteurs, on doit rendre compte à soi et aux lecteurs. On le fait par conviction et non pas par obligation. Se raconter aux autres est une sorte de mise en signes de sa propre vie, c’est un dédoublement de la vie et du temps qui passe. Les signes ou les traces ne servent qu’à refléter une partie de soi.
Qu’est-ce que j’ai fait depuis ? Pas grand-chose. Des déplacements multiples à Créteil et à Paris pour des analyses, des tests et des radios. Ce n’est pas encore terminé j’en ai encore pour deux semaines. Aujourd’hui, c’est le repos du diariste.
J’ai eu l’occasion de penser au présent. Henri Lefebvre définit le présent comme une rencontre du passé avec l’avenir. Il est vrai que dès que l’on commence à s’interroger sur le présent nous nous trouvons déjà dans le passé car le temps ne s’arrête pas et tout ce que l’on peut faire c’est ralentir notre rythme de vie bien que cela ne change rien au temps qui passe. On peut aussi fixer l’instant par la pensée et c’est ce que je fais. Cette idée m’est venue il y a quelques jours, alors que j’étais entrain de faire des exercices physiques. En la transcrivant je la fixe dans ce journal, ainsi ce qui était présent dans ma tête tel ou tel jour et qui relève désormais du passé, est présent d’une manière évidente à travers cet écrit.
Je consacre un peu de temps au cas CH ; je crois bien que j’en avais parlé dans le journal de 2012. C’est un ami qui a été expulsé de son logement et qui depuis n’a pas trouvé de solution à son problème. Il est dans une situation de détresse et a besoin d’aide d’urgence. Il me demande d’écrire une lettre au ministre de la justice et moi je lui propose d’écrire plutôt au médiateur de la République en lui expliquant que cette institution peut intervenir pour traiter le problème globalement, car il s’agit d’un droit. Le courrier que je rédige résume un peu sa situation, le mieux c’est de la transcrire dans ce journal :
Frennes, le 21 janvier 2013
De la part de :
A Mr LE MEDIATEUR DE LA REPUBLIQUE
7, rue Saint- Florentin 75008 PARIS
Objet : Demande d’aide
Mr Le Médiateur de la REPUBLIQUE,
Je viens par la présence vous faire part de ma situation inhumaine dans laquelle je me trouve avec ma famille.
En 2007, suite un litige avec le propriétaire de mon logement, j’ai fait l’objet d’une expulsion expéditive. Pourtant j’ai essayé de montrer ma bonne foi en effectuant les démarches nécessaires auprès des différents services, à commencer par l’agence qui recevait le loyer, en passant par les services sociaux et administratifs de la municipalité de la préfecture et de la justice, sans trouver une solution. Bien au contraire, certains responsables ont tout fait pour m’éloigner d’Orly, où je vis depuis plusieurs années et où ma campagne est née.
Suite à cela, j’ai perdu mon emploi, et il est difficile pour moi de retourner au travail alors que je suis toujours sans logement et menacé d’expulsion même du centre d’hébergement où je suis logé provisoirement. Notre fille âgée de 7 ans, souffrant d’une insuffisance rénale chronique, suivie à L’hôpital de Kremlin Bicêtre, est scolarisée à Orly que nous devons accompagner au jour le jour à l’école. Nous avons un deuxième enfant âgé de deux ans, qui est né dans les conditions suscitées et que nous devons faire garder. Ma campagne a trouvé un travail à mi-temps et fournit régulièrement des fiches de paie aux services du logement de la municipalité.
En cette période d’hiver, je me retrouve sans chauffage ni électricité dans le centre d’hébergement sans pouvoir prétendre à un droit minimal de dignité humaine sans parler des conséquences mentales et physiques sur tous les membres de ma famille. Je me sens fatigué et désespéré par cette situation qui dure depuis 2007. C’est pour cette raison que je m’adresse à votre autorité pour faire valoir mes droits et pour que cesse la persécution dont je fais l’objet notamment de la part de la municipalité qui ne cherche qu’à m’éloigner d’Orly, pour des raisons que je commence à peine à comprendre. Monsieur Le Médiateur de la République, je me tiens à votre disposition pour vous apporter tous les documents justifiant mes démarches et ma bonne foi depuis le début de cette catastrophe qui m’est tombée sur la tête.
Dans l’attente d’une réponse rapide, compte tenu de l’urgence de ma situation, veuillez agréer, Monsieur le Médiateur de la République, toutes mes considérations.
M. Ch Melle P
Quelques jours plus tard, je rencontre sa campagne qui me dit qu’ils n’ont reçu aucune réponse et que leur situation ne cesse d’empirer. J’en ai parlé à deux conseillers municipaux dont l’un m’a dit que c’est le rôle de l’opposition de défendre CH et que lui fait partie de la majorité. L’autre est un ami qui m’a dit de lui écrire pour lui expliquer la situation, ce que je n’ai pas encore fait.
Je préfère évoquer cette situation très particulière que de parler des grands sujets de ce début d’année qui occupent la seine médiatique : le mariage homosexuel, la guerre au Mali, la coupe d’Afrique des Nations, la crise économique. Ce n’est pas parce que ces sujets ne me concernent pas, mais tout simplement parce que je n’y me sens pas impliqué directement.
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