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Journal de diaristes

Journal de recherche

26 Décembre 2012 , Rédigé par Benyounès Bellagnech

Mardi 5 avril, 8 h 15

Idée : On a tendance à nous appuyer sur des grands auteurs pour affirmer ou défendre notre point de vue. Mais cette fois-ci, je me demande s’il ne faut pas se contenter de dire parfois que l’auteur que je lis dit tout, clairement, presque à la perfection. Il ne me reste que dire autre chose que l’auteur n’a pas exprimé. Je pense notamment à la biographie qui est par essence originale et singulière.

Mardi 12 avril, 15 h

Si je dois prolonger l’idée citée ci-dessus, je dirais que ces grands auteurs nous aident à clarifier nos idées. Car, il ne suffit pas d’avoir des idées, il faut aussi pouvoir les exposer d’une manière claire et compréhensible aux lecteurs ou aux auditeurs.

Ce matin, j’ai terminé la lecture de Critique de la vie quotidienne, T II. Lors de cette lecture, j’ai fait des trouvailles. Bref, si chercher c’est trouver, disons que j’ai trouvé des paragraphes qui vont m’aider dans l’explication de la notion de l’individu pp. 337-338, que j’utilise dans la première partie de la thèse. (…) « Pour se créer comme œuvre et histoire conscientes, la vie personnelle ne dispose que de ces noyaux enfouis, et cela presque dans le secret de la vie psycho-physiologique la plus individuelle : les goûts et les désirs (amoureux, érotiques, affectifs, alimentaires, etc.) ou plutôt les absences de désirs et de goûts. Ainsi la vie publique, ouvertement soumise aux processus accumulatifs, accable la vie privée. Elle l’avoue à l’impuissance, à l’inconscience, à l’insatisfaction. (…) dans l’individu, au cœur de sa conscience et de sa vie mal appropriée, se distinguent les deux processus : le rationnel et le non rationnel, le conscient et l’inconscient (relatifs). D’un côté, il accumule les expériences, à défaut d’argent, les connaissances à défaut de capital. Expérience et connaissance, même parcellaires, s’ajoutent et forment une mémoire. Et d’autre part, il a en lui ce qui s’éloigne, dépérit, ou se cherche consciemment, et d’abord l’enfance et la spontanéité auxquelles l’attachent autant les symbolismes que le souvenir proprement dit. N’est-ce pas un des secrets de l’inquiétude et du drame modernes, ce trouble d’une conscience privée de plus en plus en pénétrée par le processus général et conforme à ses exigences, et cependant de plus en plus ‘privée’ et enfermée dans la quotidienneté ? Effectivement, dès qu’on la dévoile par une critique radicale, cette situation de la conscience et de la vie apparaît intolérable et l’on se demande comment les ravages ne sont pas plus profonds. »

Je ne peux pas m’empêcher de rapporter une définition générale du moment, dont la théorie sera reprise et développée par Remi Hess dans plusieurs de ses travaux, comme on va le voir par la suite.

« Définition du moment. Nous appelons ‘Moment’ la tentative visant la réalisation totale d’une possibilité. La possibilité se donne ; elle se découvre ; elle est déterminée et par conséquent limitée et partielle. Vouloir la vivre comme totalité, c’est donc nécessairement l’épuiser en même temps que l’accomplir. Le moment se veut librement total ; il s’épuise en se vivant. Toute réalisation comme totalité implique une action constitutive, un acte inaugural. Cet acte simultanément dégage un sens et le crée. Il pose une structuration sur le fond incertain et transitoire de la quotidienneté (qu’il révèle ainsi : incertaine et transitoire, alors qu’elle apparaissait comme le ‘réel’ solide et certain » p. 348.

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