Journal de recherche
E. Réflexion sur les dispositifs
« Tout est-il donc permis ? – Tous les beaux coups le sont. Il y a à veiller à ce qu’aucun coup ne puisse passer pour beau s’il fait un usage même indirect même symbolique, de la menace de mort à l’intention de ses destinataires. »
« Le propre du savoir n’est ni de voir ni de démontrer, mais d’interpréter. »
1) La mise en question des dispositifs
Les dispositifs ? Effet de mode ou véritable question de recherche ? Ce n’est pas exactement en ces termes que nous - Le nous désigne ici à la fois Les IrrAIductibles et les IrrAIductibles, en tant que revue et aussi en tant que groupe ouvert, dont les membres ont participé directement ou indirectement aux différentes séances des débats consacrés à la question des dispositifs – nous nous sommes en effet posés au départ la question sur les dispositifs. Les questions de réflexion et de recherche au sein de ce groupe n’obéissent pas exclusivement à la logique volontariste et programmatique, mais elles relèvent plutôt d’une combinaison complexe mélangeant les circonstances, l’improvisation, l’implication et les préoccupations d’ici et maintenant des uns et des autres. Il s’agit en effet d’un moment de recherche sur les dispositifs. Je vais tenter, dans ce qui suit, de relater quelques épisodes de cette recherche collective.
De retour de New York, où il a participé à un jury de thèse soutenue par Liz Clair au département des Performances Studies, Remi Hess observe la différence entre le dispositif de soutenance aux Etats-Unis et celui en cours en France. Aux Etats-Unis, le jour de la soutenance, les membres du jury se contentent de faire des remarques et des critiques au travail présenté par le candidat. Ce dernier est censé tenir compte de ces remarques, et d’apporter les corrections demandées avant que le jury ne se prononce définitivement sur la thèse. Alors qu’en France, les remarques, les critiques, le lessivage, ainsi que le jugement ; tout cela tombe le jour même de la soutenance. Remi Hess décrit cette expérience dans son journal Voyage à New York, et en fait un récit lors de la réunion du Comité éditorial, vendredi 30 avril 2004. Dès lors, les questions des dispositifs, de « performance » et du performatif (ces deux dernières notions sont davantage utilisées dans les langues allemande et anglophone), ont suscité un intérêt et un enthousiasme tel qu’il s’est traduit rapidement, au cours des séances suivantes, en recherche active et collective.
Une table ronde fût décidée pour le lundi 17 mai 2004 (voir la transcription dans ce même numéro) . Une autre réunion a été organisée par Christiane Gilon et Patrice Ville à Fontenay-Sous-Bois dans le cadre du CAPP (Centre d’analyse des pratiques professionnelles), réunion à laquelle ont été invités les membres du Laboratoire d’analyse institutionnelle.
De son côté, Christoph Wulf a été invité au séminaire pour présenter son livre qui venait de paraître et pour exposer ses récents travaux de recherche, notamment sur le concept du performatif. Cette notion est effectivement privilégiée en Allemagne à celle du dispositif. Sergio Borba, Ruben Bag et Cristian Varela, ont également participé à quelques rencontres des mardis et vendredis entre début mai et fin juin 2004. La question des dispositifs s’est trouvée ainsi partagée et enrichie par des apports allemands, brésiliens, mexicains, argentins et américains ; approches complémentaires et parfois contradictoires, mais les unes n’excluent pas les autres.
Une fois, le processus de recherche et d’élaboration collective du numéro de la revue Les IrrAIductibles enclenché, les réunions hebdomadaires du comité éditorial se sont transformées en moments d’échanges de références et de documents, provenant de diverses sources et traitant de la question des dispositifs. En effet, Remi Hess rapporte que rien qu’en consultant Internet via le moteur de recherche Google, on parvient à identifier pas moins de 500 références aux dispositifs. Georges Lapassade distribue deux documents récents trouvés sur la toile visitée le 15-05-2004. Le premier s’intitule : Le concept de dispositif et le second : Dispositif (Foucault à l’usage). Aziz, de son côté, apporte un document imprimé, tiré du site Internet de l’Académie française, visité le 14-07-2004. Par ailleurs, un coup d’œil sur le site de la bibliothèque de Paris 8 renvoie à pas moins de 150 références et ouvrages.
Bref et selon les différentes sources, l’usage du mot dispositif dans la langue française daterait du XIVème siècle. Il renvoie essentiellement aux domaines militaire, technique et juridique.
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