Journal de recherche
Vendredi 8 décembre
Je suis en train de terminer la lecture de Hegel, Leçons sur l’histoire de la philosophie. Pour faire une pause, mon état de santé l’exige, j’écris cette note reportée depuis plus d’une semaine. A l’origine de cette réflexion, il y a mes déplacements à Paris 8 Saint-Denis, qui sont devenus fréquents et souvent décidés au dernier instant. J’éprouve beaucoup de plaisir à rencontrer Remi et Patrice et parfois à assister à leurs cours. La rencontre des irrAIductibles est d’un grand intérêt pour moi. J’ai beaucoup de sympathie et d’estime pour K. Lorsque je l’ai vue dans le cours où il a été question d’interroger Remi, ma surprise fut très agréable, non seulement en apprenant qu’elle a résolu beaucoup de ses problèmes, mais surtout qu’elle avait participé à la réédition et à la préparation de Essai sur L’emploi du temps de Marc - Antoine Jullien. K a eu la gentillesse de me dédicacer le livre, ce qui m’a comblé de joie.
J’ai lu le livre, mais jusqu’à maintenant je n’ai rien écrit sur l’ouvrage dans mon journal de lecture et pour cause ! C’est bien là le second objet de cette note.
Chaque fois que je me déplace à la fac, je reviens avec au moins un livre. Depuis que j’ai pris la décision de ne me procurer que quelque chose qui me permet d’avancer dans l’écriture de ma recherche, je ne supporte plus le fait d’avoir un ouvrage, dans mon sac ou chez moi, que je ne lis pas. Certes, je lis en ce moment beaucoup et rapidement, mais cela accentue ma dissociation. Je me trouve partagé entre la posture de Remi et celle de Georges. Le premier donne l’impression, vu de l’extérieur, d’un dissocié extrême, capable de faire mille choses à la fois (cours, labo, recherche, direction de recherches, colloques, éditions, écriture de journaux et de livres, etc.), et tout cela dans le même temps. Ainsi, il semble qu’il ne va jamais jusqu’au bout d’une entreprise. Ce qui est bien évidemment démenti par tout ce qu’il produit.
Quant à Georges, il est aussi dissocié, notamment quand il passe très vite d’une chose à l’autre, avec une caractéristique de terminer par exemple une recherche avant de passer à une autre. Mais lorsqu’il entreprend quelque chose, il ne faut surtout pas le déranger. Ce que je ne savais pas lorsque je l’ai rencontré pour la première fois et lui ai parlé de la philosophie. Il m’avait envoyé promener, me disant que la philosophie ne l’intéressait pas. En fait, j’ai découvert par la suite dans sa bibliographie un article de lui intitulé Le deuil de la philosophie, publié dans une revue. Ceci étant, dans d’autres circonstances, il défend la philosophie lorsque celle-ci est attaquée par les non initiés.
Tout en m’inspirant de l’un et de l’autre à la fois, sans oublier Patrice, j’ai du mal à trouver, même provisoirement, ma voie. La contrainte institutionnelle m’impose de me consacrer exclusivement à la thèse et pour ce faire, il me faut éviter toute dispersion. Comment faire ?
Patrice qualifie cela de folie et je ne peux qu’être d’accord avec lui, sans pouvoir passer à l’acte. Exemple : je commence à rédiger Le moment de la revue, article et en même temps une partie d’un chapitre de la thèse, je bloque sur le passage du quantitatif au qualitatif et pour éviter un passage hasardeux et non argumenté de l’un à l’autre, je décide de relire Hegel, 2 tomes de Leçons sur l’histoire de la philosophie et La raison dans l’histoire. C’est de la folie assumée ; c’est une manière pour moi de gérer mes contradictions. Pourvu que cela ne me conduise pas à la catastrophe !
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