Journal de recherche
Samedi 22 novembre, 11 h 30
(…) J’en viens à mon sujet. Les deux remarques citées page 14 font l’objet d’une discussion avec Constantinos et deux autres étudiants à la cafétéria. Nos échanges portent sur la volonté ou non de Paris 8 de déclencher et poursuivre le mouvement. La position de la présidence de l’université et des forces politiques et syndicales en place. Conclusion : il ne parait pas qu’il y ait volonté auprès des uns et des autres d’aller jusqu’à la grève générale.
La mise en place de la réforme a commencé lorsque la gauche était au pouvoir ; les socialistes et les communistes n’y sont donc pas opposés. Ils attendent les décisions définitives de Luc Ferry pour se prononcer. Ils attendent également la suite que va prendre le mouvement pour enfin prendre position, sachant toutefois que d’ici 2006, la réforme doit être mise en place, Europe oblige.
Ce jeudi, vers 15 heures, je quitte la cafeteria et monte au quatrième étage. Au passage et à côté du marchand de livres, sont déposés des exemplaires du quotidien Le Figaro, j’en prends un avant de prendre l’ascenseur. Au quatrième étage, je rencontre deux étudiantes voilées qui m’ont dit qu’elles attendaient Remi. Je leur confirme l’avoir vu dans la matinée à l’AG. Je redescends au rez-de-chaussée pour téléphoner à Bernadette. Celle-ci me dit que Christine Delory propose de suivre le mouvement et d’écrire un journal collectif. Bernadette lui répond que Remi en a parlé dans la matinée et que le travail est déjà entamé. Lucia de Rio a également écrit pour plus d’information sur le mouvement.
Vers 16 heures, je décide de prendre le métro espérant ainsi rejoindre la manifestation qui débute à 14 heures à Tolbiac, passe par Censier, Jussieu et la Sorbonne, avant de se diriger vers le ministère situé rue du Bac. Je regrette de ne pas avoir revu Remi pour faire le point sur l’AG et Roger Tebib qui m’avait promis de me donner un texte de sa biographie et de sa bibliographie. Il est urgent de rejoindre le cortège de la manifestation.
Dans le métro m’amenant de Saint Denis à Saint Michel, je lis Le Figaro daté de jeudi 20 novembre, qui titre en gras sur la première page : Les deux réformes qui agitent les étudiants, avec une photo d’un rassemblement d’étudiants de Rennes II, en train de voter la grève. Il est à noter que cette photo n’a rien à voir avec la photo publiée le jour même par le journal Libération, qui s’est contenté d’une photo d’un amphi à moitié vide.
[A l’instant, 20 h 20, on annonce sur France 2 que Luc Ferry renonce à présenter un projet de loi, affirmant que cela ne figure pas sur le calendrier. Comment faut-il interpréter cette information !]
Je descends à Saint Michel et me dirige vers la Sorbonne, espérant trouver le cortège. On remarque une affluence d’étudiants descendant vers le métro, c’est un signe qu’il se passe quelque chose. Mais il est un peu plus de 17 heures, c’est probablement l’heure de la fin des cours. J’arrive la place de la Sorbonne, toujours le même constat, autant d’étudiants devant les portes. Je m’approche de la porte qui donne sur la place du nom de l’université, je vois un vigile qui contrôle les cartes des étudiants qui veulent rentrer à l’enceinte de l’université ; je constate la même chose devant les autres portes. On ne peut pas entrer dans l’enceinte de l’université, sans être muni d’une carte délivrée par la même université. Je me résous à longer la rue des Ecoles en direction de Jussieu, toujours en espérant trouver des traces de cette manifestation. Là non plus, il n’y a ni manifestation ni rassemblement. La manifestation est probablement rue du Bac. Il est 18 heures et je n’ai aucune chance de voir la manifestation. Je me contenterai des informations des médias ou d’éventuels étudiants de Paris 8 qui auraient participé à cette action.
J’achète le journal Le Monde et je vais le lire à la Mer Rouge. Ce journal titre l’événement : L’Elysée ajourne le projet de loi Ferry sur l’université. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce titre est étonnant et surprenant. En effet, il rajoute une confusion au flou non artistique qui caractérise cette réforme. A la page 8 de ce même journal, on peut cependant lire A L’Elysée, la réforme de l’université n’est pas à l’ordre du jour et aussi un résumé des deux projets de réforme contestés, ainsi qu’un article intitulé AG, manifestations, piquets de grève : le mouvement de protestation, lancé à Rennes, s’étend. (…).
Fin de l’extrait du journal de l’implication.
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