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Journal de diaristes

Journal de recherche

24 Mars 2013 , Rédigé par Benyounès Bellagnech

Quant à la notion de circonstance, ce terme signifie en latin « se tenir autour » ou exposer un fait jusque dans ses moindres circonstances ou détails. Ces définitions ne rendant pas compte entièrement de l’usage qui est fait de l’expression, je me suis rabattu sur Encyclopédia Universalis, qui, à son tour, se contente de rapporter des textes et des phrases où le terme « circonstance » est utilisé : « Les circonstances dans lesquelles nous sommes placés, la pression des événements, la tension de nos âmes qui lui répond, ont, parmi d’autres effets, l’effet de nous faire sentir de plus en plus énergiquement notre intime participation à une existence plus grande que la nôtre, qui est celle de la France »[1]. On peut comprendre cette explication du point de vue implicationnel. Cependant, cela n’explique que partiellement la notion de circonstance. Le même Valéry écrit par ailleurs : « Rien ne m’a plus frappé que l’aptitude des vivants à s’accommoder et à se donner les formes qui conviennent aux circonstances »[2]. De son côté, Mirabeau en fait presque le même usage : « Nous attendons toujours, pour exécuter, l’instant où nous sommes forcés par les circonstances »[3].

C’est dans le langage juridique que le mot circonstance est codifié : « lorsque surviennent certains faits juridiques appelés circonstances aggravantes (…) objectif- subjectif ou mixte… selon le législateur… Les circonstances aggravantes diffèrent des éléments constitutifs de l’infraction en tant que si elles disparaissent, l’infraction subsiste quand même ; par exemple, si le lien de filiation disparaît, l’infraction, le meurtre subsiste. Par contre, si un élément constitutif de l’infraction disparaît, l’infraction, elle, n’existe plus (par exemple, si les parties n’ont pas établi de contrat, l’infraction d’abus de confiance n’est plus constituée)… De circonstances atténuantes relèvent des peines réduites : il s’agit de savoir si l’octroi de circonstances atténuantes a un effet sur les peines accessoires et complémentaires… et peut être discuté en doctrine. Il prête, en pratique, à de nombreuses nuances (état de démence par exemple).[4]

Outre l’utilisation juridique de « circonstances », ce terme est aussi largement employé dans le discours politique. On parle souvent de la circonstance pour caractériser une situation exceptionnelle, une exception d’Etat ou de légalité. On évoque l’homme ou le discours de circonstance pour caractériser un événement particulier.

Du point de vue grammatical, on fait allusion à l’adjectif circonstanciel de temps, de lieu, etc. (Bordas) ou circonstanciel qui signifie selon Le Robert, détailler, préciser et exposer.

Ces différents sens auxquels renvoient la circonstance et sa multiréférentialité ne lui enlèvent en rien son caractère opérationnel notamment dans le discours institutionnel, celui-ci étant essentiellement analytique.

[1] Valéry, Regards sur le monde actuel, Pensée et arts français, Paris, Librairie Stock, Delamain et Boutelleau, cop. 1931, p.176.

[2] Valéry, Variétés IV, Discours en l’honneur de Goethe, Paris, Gallimard, 1968, p. 104.

[3] Mirabeau, Collection, tome IV, p.70.

[4] Encyclopaedia Universalis, Thesaurus-Index, AD, p. 729.

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